« Mais sans or soupirer que cette vive nue
L'ignition du feu toujours intérieur
Originellement la seule continue
Dans le joyau de l'œil véridique ou rieur »

Mallarmé


6.30.2008

Juger du jugement...

Abolir l'idée de jugement.


Où Marcel Duchamp affirme que le jugement n'est qu'expression superficielle du subconscient.

Un argument puissant de sa part repose sur le fait que l'Histoire montre que le jugement attesté d'une époque déterminée trouve à être réfuté par celui d'une époque ultérieure (voire antérieure, ajouterais-je).

Mais, je vous en prie, ne perdez pas contenance...
(Ce blog a pris une erre de vacance, et l'on ne sait quelle en sera la durée : brève, loooongue, infinie ? who knows ?)

11 langue(s) de feu:

Paine a dit…

Donc il ne peut y avoir de jugement dernier?

Marie Danielle a dit…

Pour qu'il y en eût un, il faudrait qu'il y en ait eu un premier, wouldn't you say ? (cf. "Les premiers seront les derniers"... but I think I'm stretching a little bit too much... again !

Paine a dit…

Donc la partie importante du vocable se trouve à la fin : jugeMENT !

Marie Danielle a dit…

Adjugé !

Finalement, les jugements ne seraient-ils jamais que des ready-made ?

gaétan a dit…

Attention aux méchants touristes pendant les vacances ;-)

Marie Danielle a dit…

C'est ta fibre paternelle qui s'exprime, Gars-Étang ? C'est gentil. En même temps, je suis tellement aguerrie aux méchantes fréquentations hors-vacances, tu vois, que je crains que ce genre de vacances-là soient hors-prix pour la plupart d'entre nous...

I'm so funny, am I not ? (ton ami Gomeux serait bien agacé de me lire, wouldn't he ? ;-)

Christian a dit…

D'humeur un rien königsbergienne ce matin, voici donc ma contribucitation à l'estival débat qui ne se lève : "Pour ce qui est de l'agréable chacun se résigne à ce que son jugement, fondé sur un sentiment individuel, par lequel il affirme qu'un objet lui plaît, soit restreint à sa seule personne. [...] L'un trouve la couleur violette douce et aimable, un autre la trouve morte et terne ; l'un préfère le son des instruments à vent, l'autre des instruments à cordes. Discuter à ce propos pour accuser d'erreur le jugement d'autrui, qui diffère du nôtre, comme s'il s'opposait à lui logiquement, ce serait folie ; au point de vue de l'agréable, il faut admettre le principe : à chacun son goût (il s'agit du goût des sens).
Il en va tout autrement du beau. Car il serait tout au contraire ridicule qu'un homme qui se piquerait de quelque goût, pensât justifier ses prétentions en disant : cet objet (l'édifice que nous voyons, le vêtement qu'un tel porte, le concert que nous entendons, le poème que l'on soumet à notre jugement) est beau pour moi. Car il ne suffit pas qu'une chose lui plaise pour qu'il ait le droit de l'appeler belle ; beaucoup de choses peuvent avoir pour lui du charme et de l'agrément, personne ne s'en soucie, mais quand il donne une chose pour belle, il prétend trouver la même satisfaction en autrui ; il ne juge pas seulement pour lui mais pour tous et parle alors de la beauté comme si elle était une propriété des objets ; il dit donc : la chose est belle, et s'il compte sur l'accord des autres avec son jugement de satisfaction, ce n'est pas qu'il ait constaté à diverses reprises cet accord mais qu'il l'exige. Il les blâme s'ils jugent autrement, il leur dénie le goût tout en demandant qu'ils en aient ; et ainsi on ne peut pas dire : à chacun son goût. Cela reviendrait à dire : il n'y a pas de goût, c'est à dire pas de jugement esthétique qui puisse légitimement prétendre à l'assentiment universel.

Emmanuel KANT
Critique de la faculté de juger, §. 7

Anonyme a dit…

Alors,

Bonnes vacances.

Miladus

Marie Danielle a dit…

Ah oui, Kant, l'inventeur de la roue (probablement pas celle du ready-made...) !

La roue de l'argumentation, entendais-je à dire.

Si tu as écouté Duchamp, Christian, il dit avoir mis beaucoup de temps à déterminer les quelques objets qui'il étiqueta "ready-made" afin d'en trouver d'assurés inqualifiables "beau", ce qui laisse entrapercevoir la possibilité... d'un jugement.

Mais ta contribucitation suscite l'envie de s'accoler à une lecture complète.

M'est avis - en tournant les coins ronds, mais j'ai pas la journée et ne prétends pas à dépasser Kant - que l'élaboration d'un jugement se peut faire, ainsi que d'une science, ainsi que d'une valeur, mais que Duchamp indique une ligne de fuite vers, malgré tout, la relativité. Où beauté ≠ désir. Où l'indistinction ne se peut maintenir avec jugement (ici la roue commence à tourner...). Je tends à penser que c'est dans l'érection des valeurs marchandes que le jugement se perd. Et pardon des télescopages.

@ Miladus, merci et à bientôt.

Laurent M a dit…

Il ne manquerait plus que ça : que l'on perde contenance... !

Bisous résurrectionnel MD...

Marie Danielle a dit…

Y a que ceux qui ont du jugement qui peuvent perdre contenance, Mister.

;-)

Sinon, merci pour les bisous, mais je crains que vos forces convalescentes soient insuffisantes à ma propre résurrection. Et comme je n'espérais aucune libération d'importance, contrairement à vous... c'est mal fichu...

Bisous back, mais faibles.

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